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Le chevalier Balthazar, de Guise

Ce n'est pas le fils du roi de Babylone... C'est une jeune fille, Geneviève PREMOY, née au milieu du XVIIe siècle, à GUISE, et qui s'illustra sous Louis XIV. Dès son plus jeune âge, elle a des goûts de garçon et de bonne heure elle aime monter à cheval. Au cours d'une dispute, giflée par son frère, elle l'assomme d'un coup de crosse de pistolet, le blesse, et s'enfuit habillée en cavalier pour échapper à la colère des siens. A peine âgée de 16 ans, elle s'engage dans un régiment de " dragons " du prince de Condé sous le nom de " Chevalier Balthazar ". Première bataille près d'Ypres contre des cavaliers  elle est blessée, mais tue deux officiers, en fait prisonnier un troisième, est acclamée et félicitée à son retour par le maréchal d'Humières sur le front des troupes. Elle participe ensuite à toutes les campagnes de 1676 à 1703, d'une grande audace, adroite au sabre et aux armes à feu, souvent blessée, une fois trépanée. Au siège de Valenciennes où le roi assiste en personne, légèrement blessée au cours d'une reconnaissance, furieuse, elle s'élance sur le commandant ennemi, l'évite, l'ajuste, et le tue. Plus tard, sortant de Lille avec un détachement de cavalerie, plusieurs dragons sont tués par une troupe supérieure en nombre ; le commandant s'enfuit, elle le remplace, rallie les cavaliers, charge, blessée elle revient à la charge, disperse l'ennemi et ramène de nombreux prisonniers. Pour cet exploit, elle est nommée cornette. Plus tard, à Landrecies, elle retrouve sa mère qui s'y est retirée à la mort de son père, et qui pleure la disparition de sa fille : elle lui cache son identité. A la paix de Nimègues elle reçoit le brevet de lieutenant.

La guerre reprend 5 ans après. A Fleurus, saisissant le fusil d'un grenadier elle abat le pointeur d'un canon ennemi qui visait le régiment de Schomberg. Les fantassins enthousiasmés s'emparent de la batterie. Le vieux chirurgien du régiment jusqu'alors avait gardé le secret, mais blessé un jour au sein, près de Liège, son remplaçant dévoile son sexe. C'est la stupeur dans l'armée des Flandres, cependant Louis XIV, l'autorise à continuer de servir comme lieutenant sous le nom qu'elle s'est choisi. A Steinkerque, elle brise l'épaule d'un colonel ennemi d'un coup de pistolet et le ramène. Au siège, de Namur Louis XIV se la fait présenter, l'invite à la Cour après la guerre. Elle se rendra à Versailles, y fera sensation, et le roi lui offrira une épée d'honneur. A la reprise des hostilités, elle rejoint son régiment en Flandre, toujours très ferme dans son commandement. Au siège de Fiurnes, défendant le pont, devant la crainte de son détachement attaqué par un ennemi supérieur, elle menace de brûler la cervelle au premier qui reculera. Ils tiennent bon jusqu'à l'arrivée des renforts.

Elle tue un colonel, est grièvement blessée par une balle qui tue son cheval, reprend le combat, est blessée à nouveau par une balle. Cette double blessure la rend indisponible plusieurs années. Le roi la nomme un des premiers chevaliers de l'Ordre de Saint-Louis qu'il vient de créer, lui envoie sa croix par exprès avec privilège de la porter en écharpe, et la réinvite à la cour. Elle est alors très affaiblie par ses blessures, mais sitôt rétablie elle se rend à Versailles où elle se promène en jupe écarlate galonnée d'or, costumée en officier.

Elle était de taille " médiocre et fine ", " la voix femme et le ton doux ", les cheveux bruns, l'air hardi, le regard martial, le port assuré, le visage doux et fier.

La guerre reprend. Elle rejoint la Flandre où elle se distingue sous les ordres de Catinat.

Pendant la guerre de succession d'Espagne, elle se bat dans le Milanais sous les ordres du duc de Vendôme qui la félicite sur le front des troupes et la présente à la duchesse de Mantoue; celle-ci, admirative lui offre son portrait enrichi de diamants.

Puis c'est la bataille de Luzzara où elle entraîne ses cavaliers en lançant son chapeau en l'air au cri de " Vive le Roi ". Après quoi elle disparaît de l'histoire et on ne sait plus ce qu'elle devient. (Nous avons perdu notre Jeanne D'Arc).

(D'après un auteur anonyme Bruxelles 1703)
(c)André VACHERAND Secrétaire Général de la Société Académique de Saint-Quentin




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